Techniques de production

Les matériaux supports

Le matériau évidemment le plus utilisé pour la confection des images pieuses est le papier. Il a d'ailleurs fallu attendre l'arrivée du papier au 12ème siècle en Italie puis ailleurs en Europe au 14ème pour assister réellement à la création de gravures en plus grand nombre.

Le papier le plus ancien est le papier « vergé » ainsi dénommé en raison des vergeures (prononcer « verjures ») qui apparaissent par transparence lorsqu’on examine une feuille de papier. La pâte à papier est en effet placée sur un tamis métallique à travers lequel l’eau de la pâte s’échappe progressivement au fur et à mesure du séchage. Le tamis est composé de fils de laitons très serrés et c’est la trace de ces fils qui constitue les vergeures qui apparaissent sur une gravure sous formes de lignes parallèles serrées.

Vient ensuite le papier "vélin" apparu  vers 1750 en Angleterre puis en France vers 1780, ilest fabriqué sur une toile très fine qui donne un papier sans vergeures . Il s’agit d’un papier considéré comme de luxe, plus fin, soyeux et lisse pouvant ressembler au vélin (v. ci-après).

 Un autre papier a été aussi utilisé, le papier dit "de riz", très fin et fragile ressemblant à de la gaze très fine qui a servi, notamment, à figurer des robes de communiantes.

Mais, depuis avant l'ère chrétienne, on utilisait le "parchemin" pour la confection de livres dont les célèbres enluminures du Moyen-Age. Ce matériau a continué pendant un temps  à être utilisé par les graveurs anversois et ceux s'inspirant de cette école. Le parchemin est fabriqué à partir de peaux d’animaux dont on ne garde que le derme : les peaux sont traitées pour les rendre imputrescibles, raclées, passées à la chaux puis tendues, séchées et soigneusement poncées pour les rendre extrêmement lisses. Celui obtenu à partir de la peau de veau, notamment de veau mort-né, est le plus luxueux. Il est alors appelé "vélin".

 Par ailleurs, dans notre domaine, on constate, dans le dernier quart du 19ème et le début du 20ème siècle, l'utilisation d'un matériau très original: la gélatine séchée en plaque sur laquelle sont peintes à la main de très jolies images ou sont aussi réalisées par gravures ou lithographies des images provenant de grands éditeurs. Ce matériau est mal connu de beaucoup  de collectionneurs qui le qualifient à tort de "rodhoïd" ou encore "celluloïd" (ces marques de matière plastique seront créées beaucoup plus tard). Il s'agit d'une matière très lisse, acceptant bien la peinture mais fragile qui a tendance à s'ébrécher ou se casser. Surtout, le collectionneur devra se méfier de son incompatibilité absolue avec l'eau; en présence d'eau, conformément aux propriétés de la gélatine utilisée dans le domaine culinaire, elle se transforme en une pâte translucide aboutissant évidemment à la destruction irrémédiable de l'objet.

Le tissu, dont  le tissu de soie, sera également utilisé comme support de gravures mais aussi pour la réalisation d'inclusions de couleurs destinées à rehausser l'attrait d'images très travaillées.

 

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Parchemin, graveur A.Voet, Anvers (17ème s.)

image dentelle avec inclusion de tissu (vers 1900, origine inconnue)

image peinte à la main sur gélatine (improprement appelée "sur rhodoïd" (1901)

Les images réalisées manuellement

De tout temps on a confectionné des images une à une, par le dessin, la peinture sur des supports variés.

On décrira seulement ici les catégories d'images retrouvées dans les archives familiales qui font fait l'objet de modalités de confection définies. Chaque image est donc unique mais elle est fabriquée selon des critères reproductibles. On étudiera (sommairement) d'abord la plus prestigieuse d'entre elles : les canivets qui, rappelons-le ont donné leur nom à la collection des images pieuses : la canivétie et aux collectionneurs: les "canivetistes". On verra ensuite la plus répandue : les images sur plaque de gélatine, puis les images dites "bristol et enfin les images sur "papier de riz".

On n'omettra pas cependant de rappeler ici, mais on y reviendra (v. La grande époque française (1850-1914)),  que les plus belles images réalisées en séries, les fameuses images dentelle et les images anciennes des 16ème-18ème siècles, peuvent aussi, après avoir été réalisées en série en noir et blanc, être rehaussées de couleurs (les images aquarellées) une à une, parfois il est vrai à l'aide d'un pochoir. Ne disait-on pas qu'Eulalie Bouasse, Vve Lebel, créatrice de la plus fameuse maison d'édition française, avait commencé à travailler durement pour financer de bonnes études à ses enfants en peignant chaque nuit des images, "les pieds nus sur le carrelage pour ne pas s'endormir"!

 

LES CANIVETS

Les canivets sont des images réalisées à la main et qui présentent la caractéristique d’être découpées sous forme de dentelle très fine en utilisant de petits outils tranchants, en particulier des petits canifs (appelés parfois eux aussi "canivets"), ce qui leur a donné leur nom. Le centre de l’image est généralement occupé par la représentation d’un saint ou celle du Christ ou de la Vierge peinte à la gouache ou à l’aquarelle. Le matériau utilisé peut être du papier vergé ou vélin ou encore du parchemin. Seule cette catégorie d'images peut légitimentant s'appeler canivet; pourtant beaucoup de collectionneurs et de vendeurs professionnels de "vieux papiers" ont largement étendu cette appellation aux images dentelle, parfois en utilisant le qualificatif "mécanique". Certains n'hésitent même pas à utiliser cette appellation pour qualifier toutes les images pieuses. Il y a là abus de langage que l'on doit réprouver.

Il s'agit généralement d'un travail de cloître. La plupart des (rares) canivets trouvés encore de nos jours proviennent de la zone dite "allemande" mais il existe également des canivets français, beaucoup plus rares mais aussi généralement beaucoup plus beaux de par la finesse du travail de découpe (la dentelle participe au dessin) ainsi que quelques travaux italiens plus naïfs.

           

 

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Canivet allemand (18ème)

canivet français (17 ou 18ème)

canivet italien (18ème) A noter le thème très fréquent, voire unique, de la production italienne: l'enfant Jésus

 LES IMAGES SUR GELATINE

Les images sur gélatine peintes à la main sont absolument charmantes. Elles ont été fabriquées par de "saintes mains" (réligieuses ou jeunes filles de bonne famille) à l'occasion généralement de la communion solennelle pendant une période relativement courte : entre 1870 et la première guerre mondiale, pour leur majorité. L'illustration est essentielement de deux types : la représentation d'un calice surmontée d'une hostie rayonnante accompagnée d'ornementation variées, pour les plus nombreuses, un texte de réflexion ou une prière écrite de manière artistique imitant souvent les enluminures anciennes pour la plupart des autres. Ces deux types d'images sont reproduits ci-dessous, l'image de droite montrant des plaques de gélatine vierges, prédécoupées et prêtes à recevoir leur illustration.

 

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LES IMAGES BRISTOL

Les images bristol sont réalisées à partir d’un papier fort (le « bristol »), percé de trous réguliers. Tout l’art de la fabrication consiste à enlever sélectivement, avec un minuscule emporte-pièce, certaines parties du papier délimitées par les trous pour former des motifs généralement géométriques. On pourra ainsi créer des motifs centraux (une croix, le plus souvent) ou coller une image au centre du bristol, le broder ou encore travailler ensuite les parties extérieures à la manière d’une dentelle. Probablement fabriquées par les mêmes mains, on les recontre à la même époque que les images sur gélatine.

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LES IMAGES EN PAPIER DE RIZ

Le papier de riz est utilisé de deux manières:  la confection d'images en tant que support d'une peinture réalisée à la main mais ce papier est très fragile, il est donc inclus dans une bordure de carton; ce procédé à même fait l'objet d'un brevet déposé par l'éditeur Genou. L'image ci-contre a été réalisé par cet éditeur en 1888. Mais on trouve d'autres images anonymes du même type tout aussi  charmantes où le papier est utilisé pour l'habillage d'images, chromolithographie ou taille douce, afin de figurer des habits de communiantes (image de droite)

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Les gravures

             On distingue traditionnellement deux catégories:  la taille d'épargne et la taille douce.

LA TAILLE D'EPARGNE

Dans la taille d'épargne on part d'une matrice en bois ( d'où le nom de "xylographie"), rarement en métal mais aussi, à une époque récente, le linoléum (la linogravure), que l'on creuse à l'aide divers outils pour ne laisser subsister en relief que les parties qui vont supporter l'encre (comme un banal tampon encreur en quelque sorte). On a réalisé, gràce à cela de très belles images au Moyen Age. Les graveurs anversois ( v. la page Les gravures anciennes (16-18ème s.)) et les autres graveurs de cette époque s'en sont servis et ont ainsi réalisé de splendides xylographies, souvent rehaussées de couleurs, avant d'adopter la taille douce sur cuivre (v. ci-après).

LA  TAILLE DOUCE

Dans la taille douce, l'impression est ici faite « en creux », le dessin est gravé sur une plaque de métal et ce sont les creux qui seront encrés. L’expression taille douce évoque la souplesse du cuivre, premier métal utilisé, qui enregistre toutes les inflexions de la main du graveur. Plus les sillons sont creux, plus ils retiennent l'encre, l'absence de sillon donne du blanc puisque l'encre n'est pas retenue. La gravure est réalisée à l'aide de divers instruments dont le plus utilisé est le burin, outil doté d'une minuscule lame à section carrée taillée en biseau qui permet de creuser des sillons en V. Cela permet, en jouant sur la densité de ces sillons de reproduire de délicates nuances de gris, ce que ne permet pas la taille d'épargne. Le  cuivre a été peu à peu remplacé par l'acier (la sidérographie disent les spécialistes)  pour produire en très grande série des images dont le dessin est d'une grande finesse, comme celui, remarquable de l'éditeur Letaille. Ce sont ces images qui sont ensuite transformées en images dentelle suivant une technique qui sera expliquée plus tard (v. les images de cette époque à la page la grande époque française) .

 

 

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xylographie française (17- 18èmes) sur papier vergé

Gravure sur cuivre de Fruytiers (Anvers 1713-1762), sur parchemin

image Ch. Letaille (vers 1860), gravure sur acier au burin

La gravure peut  être réalisée en utilisant d'autres outils, dont la pointe sèche mais elle peut aussi l'être par voie chimique, la matrice en métal étant attaquée sélectivement par un bain acide appelé "eau forte" qui sert à qualifier les gravures qui en sont issues.

Des variantes de ces deux modes de gravure existent, utilisées généralement en complément : la "manière noire" et  "la manière crayon" pour la gravure au burin, l' "acquatinte" pour l'eau forte.

L'impression à plat: la lithographie et les techniques voisines

LA LITHOGRAPHIE

La lithographie (étymologiquement : écriture sur pierre) est une technique d’impression à plat inventée en 1798 et qui s’est développée rapidement ensuite. On va se servir d’une pierre calcaire qui va être soigneusement poncée puis recevoir un dessin direct sur sa surface. Le dessin va être réalisé avec un crayon gras ou à l’aide d’une plume garnie d’encre grasse. Le gras va pénétrer dans la pierre qui est légèrement poreuse. L'imprimeur lithographe va ensuite humidifier la plaque avec de l’eau légèrement acidifiée puis l’encrer. L’encre sera refusée dans les parties humides et restera dans les parties grasses résultant de l’action du crayon ou de la plume. Les lithographies donnent l’impression d’un dessin au crayon mais on reconnaît le grain caractéristique de la plaque utilisée.

La lithographie en noir et blanc ne semble pas avoir été beaucoup utilisée. On assistera  par contre progressivement à la généralisation des chromolithographies qui donnent des images dont les couleurs sont vives et très fraîches. Le procédé, inventé en 1836, consiste à utiliser autant de plaques que de couleurs de base. Certaines chromolithographies ont été faites en utilisant plus de dix plaques différentes.Ceci suppose une grande maîtrise technique pour l’arrangement et le choix des couleurs et le « calage » des différentes plaques, ce qui explique que la technique ne se soit répandue que dans le dernier tiers du 19ème siècle.  Certaines images dentelle seront faite également à partir d'images chromolithographiées. Voici quelques images obtenues par ce procédé.

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éditeur Blanchard, Orléans (1897)

éditeur Bonamy Poitiers (1910

éditeur Bouasse Jeune Paris (vers 1890), chromo travaillée en dentelle

Les autres techniques d'impression à plat

Ici on peut citer plusieurs techniques qui ont toutes été utilisées dans notre domaine: l'héliogravure, le pochoir et une technique fondée sur les mêmes principes comme la sérigraphie qui consistent à faire passer la couleur à travers un cache évidé sélectivement, les techniques photographiques comme l'héliogravure ou la photographie elle-même. Mais celles rencontrées le plus fréquemment sont la phototypie et l'offset.

 L'offset est la technique la plus récente. Elle est encore utilisée de nos jours pour la fabrication d'images . Dans ce procédé, l'image à reproduire sera représentée sur la plaque (en aluminium) par une « couche sensible » grasse, tandis que la partie sans image sera représentée par le métal nu qui, lui, est hydrophile. La plaque sera ensuite humidifiée, les parties « blanches » fixeront l'eau, tandis que l'image « grasse » repoussera l'eau et pourra accepter l'encre (grasse). L’impression proprement dite se fait grâce à un rouleau intermédiaire qui reçoit l’image encrée et la reproduit sur la feuille ou le rouleau de papier. Cette technique permet la reproduction d'images en très grande série et à très grande vitesse.

Mais la technique certainement la plus couramment rencontrée dans notre domaine pour les impressions en noir et blanc est la phototypie. C'est un procédé fondé sur l’imprégnation sélective d’un support, comme pour la lithographie, mais grâce à un procédé photographique. Le support est constitué d’une couche de gélatine bichromatée déposée et séchée sur une plaque de verre. Une exposition aux rayons UV à travers un négatif photographique change la structure de la gélatine comme cela est fait sur un papier sensible utilisé en photographie. Le support, comme en lithographie, n’accepte l’encre que sur les parties modifiées. C'est le procédé le plus utilisé pour la reproduction des dessins des dessinateurs religieux de la fin du 19ème jusque vers les années 1930.

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Il est souvent diffcile de reconnaître les techniques utilisées. Au bout de quelques temps pourtant, le collectionneur reconnaîtra la plupart d'entre elles.

Les chromolithographies, de par la richesse et l'éclat de leurs couleurs, seront vite reconnues.

 La gravure taille douce se distinguera elle aussi assez facilement des lithographies ou phototypies. La première révèlera, notamment à la loupe, les fins sillons, parfois entrecroisés creusés par le burin, ce qui lui donnera un  éclat et une finesse qui n'a rien à voir avec le flou des autres modes d'impression. La présentation ci-après montre ces différences pour un même sujet traité: l'image de gauche est une taille douce  (éditeur Boumard, successeur de Charles Letaille, vers 1900), celle de droite est une lithographie (éditeur Mignard, vers 1930).

 

 

      

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Commentaires (4)

1. jean-pierrre (site web) 24/05/2016

Merci beaucoup et bonne chance dans vos recherches.

2. Franck 24/05/2016

Passionnant comme univers que celui des images pieuses. J'en ai trouvé quelques unes dans de vieux missels et autres paroissiens chinés ici et là.
Je vais tâcher de débuter une modeste collection et les informations glanées sur votre site me seront d'une utilité certaine. Merci.

3. jean-pierrre (site web) 08/02/2016

Pas de problème, mais il vous vous faut me donner des détails sur lesdites images. Classez ces images et envoyez-moi par exemple la photo d'un exemplaire de chaque type afin que je puisse vous en dire plus. Mon email: jp.doussin@gmail.com.
Juste une info. Je viens de sortir la troisième édition de mon ouvrage sur l'histoire des images pieuses (v. la page qui y est consacrée sur mon site). Alors si cela vous intéresse...

4. alexandra massa 07/02/2016

Tout d'abord MERCI pour cette article, qui m'a beaucoup apporté, je me permet de vous écrire car j'ai en ma possession beaucoup de Canivets et d'images pieuses, à 99% de production française (c'est votre article qui me l'a appris). Je compte les vendres et aurais aimé avoir votre avis si cela vous est possible. Dans l'attente de votre réponse... Cordialement

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